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Home Enquêtes

Guinée : Quel mystère se cache derrière Michel Lamah radié des effectifs de l’armée, et l’homme du 5 septembre 2021

Épisode à grandiloquence

by mariamlsbarry28@gmail.com
août 28, 2026
in Enquêtes
Reading Time: 8 mins read
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Guinée: Le mystère Michel Lamah EXCLUSIF ( Par Confidentiel Afrique)

 

L’homme aux gris-gris qui fit tomber Alpha Condé un 5 septembre 2021 est désormais porté disparu des radars du pouvoir.

 

Avec 172 autres militaires, Michel Lamah vient d’être radié de l’armée pour « désertion ».

 

Derrière cette spectaculaire sanction, se dessine une question autrement plus lourde : Mamadi Doumbouya maîtrise-t-il encore totalement la machine militaire qui l’a porté au pouvoir ?

 

Confidentiel Afrique revient sur les péripéties insoupçonnées d’un système à la main d’acier qui purge à tout va. Exclusif

 

À Conakry, le silence est parfois plus inquiétant qu’un coup de feu.

 

Depuis plusieurs jours, le nom de Michel Lamah circule dans les conversations feutrées des casernes, des bureaux de la haute administration et des cercles du pouvoir.

 

L’ancien commandant du Groupement des forces spéciales, devenu célèbre dans les premières heures du 5 septembre 2021, aurait cessé de répondre à sa hiérarchie.

 

Sa hiérarchie militaire comme le sommet de l’État seraient, selon plusieurs sources sécuritaires citées à Conakry, sans nouvelles de lui.

 

Poker menteur chez les forces spéciales

 

Une chose, en revanche, est désormais officielle : Michel Lamah figure parmi les 173 militaires radiés des effectifs des Forces armées guinéennes pour « désertion » par décret présidentiel du 24 août 2026.

 

Le texte, lu à la télévision nationale par le général Amara Camara, ne précise ni les circonstances exactes de cette désertion ni la période au cours de laquelle elle aurait été constatée.

 

Le chiffre est déjà suffisamment spectaculaire. Le nom, lui, est politiquement explosif. Car Michel Lamah n’est pas un militaire comme les autres.

 

Son visage est indissociable de l’événement fondateur du pouvoir actuel. Le 5 septembre 2021, alors que le Groupement des forces spéciales s’emparait du palais Sékhoutouréya et mettait fin au règne d’Alpha Condé, les images de Lamah, bardé d’amulettes traditionnelles, avaient fait le tour de la Guinée et du continent.

 

Il apparaissait notamment au volant du véhicule transportant l’ancien président après son arrestation.

 

Michel Lamah, une pièce du dispositif de la junte qui saute

 

Quelques jours après le putsch, Lamah revendiquait même publiquement avoir participé à l’arrestation d’Alpha Condé.

 

Il présentait alors Mamadi Doumbouya comme un « grand frère » et Alpha Condé comme une figure paternelle. Cinq ans plus tard, le compagnon d’armes est devenu un déserteur. Le symbole est brutal.

 

De l’homme du 5 septembre au fugitif invisible

 

C’est toute l’ironie de l’histoire politique guinéenne : ceux qui ont fait et défait les présidents finissent souvent par devenir les premières victimes du pouvoir qu’ils ont contribué à installer.

 

Michel Lamah appartient à cette génération d’officiers des Forces spéciales qui ont grandi dans l’ombre de Mamadi Doumbouya.

 

Le président guinéen avait lui-même commandé le GFS pendant plusieurs années avant de quitter officiellement son commandement en janvier 2024.

 

À cette occasion, le pouvoir présentait l’unité d’élite comme le fer de lance d’une armée modernisée et disciplinée.

 

Mais les Forces spéciales ne sont pas seulement une unité militaire. Elles sont aussi, dans l’imaginaire politique guinéen, la matrice du pouvoir actuel.

 

Et c’est précisément là que se trouve le problème.

 

Lorsque les hommes qui ont participé au renversement d’un président commencent à être radiés, marginalisés, éloignés ou soupçonnés de désertion, la question dépasse largement la discipline militaire.

 

Elle touche à la solidité du pacte originel du 5 septembre.

 

En septembre 2025 déjà, dix-neuf membres du GFS avaient été radiés pour « inconduite».

 

Cette nouvelle vague est d’une tout autre ampleur : 173 militaires issus de différentes composantes des forces de défense et de sécurité, parmi lesquels des éléments du GFS, du Bataillon autonome des troupes aéroportées et de plusieurs unités territoriales.

 

La question n’est donc plus seulement : où est Michel Lamah ? Elle devient : pourquoi autant d’hommes ont-ils disparu simultanément des effectifs ?

 

À Conakry, les rumeurs ont déjà choisi leur décor : la Guinée forestière, aux confins du Liberia.

 

Certains bruits persistants évoquent une présence de Lamah dans cette zone frontalière.

 

D’autres parlent d’une fuite organisée. D’autres encore évoquent une rupture avec la hiérarchie militaire.

 

Mais, à ce stade, aucune source indépendante consultée ne permet d’établir que Michel Lamah se trouve effectivement au Liberia ou qu’il aurait organisé une désertion armée avec ses compagnons.

 

Cette prudence n’enlève rien à la portée politique de l’affaire.

 

Car si Lamah est effectivement introuvable, le pouvoir guinéen se trouve confronté à une situation particulièrement inconfortable : comment un ancien officier des Forces spéciales, issu du premier cercle de ceux qui ont porté Doumbouya au pouvoir, peut-il disparaître des radars sans que l’appareil sécuritaire soit capable d’en donner une explication convaincante ?

 

Et surtout, pourquoi la réponse politique intervient-elle par une radiation collective plutôt que par une communication sécuritaire détaillée ?

 

Le décret peut régler le statut administratif des intéressés. Il ne règle pas le mystère.

 

Le fantôme d’Alpha Condé

 

L’affaire prend une dimension supplémentaire depuis que l’ancien président Alpha Condé continue d’exister politiquement dans le débat guinéen.

 

L’ancien chef de l’État, renversé par les hommes de Doumbouya, demeure une figure de référence pour une partie de ses partisans.

 

Ses prises de position appelant les militaires à se dresser contre le pouvoir de son ancien tombeur entretiennent l’idée d’un possible retour de balancier.

 

Comme le révélait en exclusivité Confidentiel Afrique, l’ancien président Alpha Condé a encore, depuis sa chute à la tête du pouvoir, cette obsession sidérale de revenir à Conakry.

 

Après un exil doré à Istanbul, Alpha Condé a pris goût à se pavaner entre Brazzaville chez son ami Denis Sassou N »GUESSO et Abidjan, où il soigne ses « relations politiques », en quête de soutiens discrets et caressant surtout son envie folle de renverser le régime de son tombeur Mamadi Doumbouya.

 

Le scénario serait presque romanesque : les hommes qui ont arrêté Alpha Condé se retournant contre celui qui avait ordonné son arrestation.

 

Mais la politique guinéenne n’est pas une fiction. Elle est faite de coups d’État, de renversements d’alliances et de règlements de comptes militaires.

 

Depuis 1984, Conakry a connu une succession de régimes militaires ou issus de ruptures militaires.

 

Sékou Touré disparaît, Lansana Conté prend le pouvoir. Conté meurt, Moussa Dadis Camara surgit.

 

Dadis tombe, Sékouba Konaté lui succède. Puis Alpha Condé inaugure une longue parenthèse civile avant d’être renversé par Doumbouya.

 

Le pouvoir guinéen reste donc hanté par une règle simple : celui qui possède la maîtrise de l’armée possède la clé du palais.C’est pourquoi l’affaire Lamah est si sensible.

 

Mamadi Doumbouya a progressivement transformé son pouvoir militaire en pouvoir présidentiel.

 

Après le coup d’État de 2021, il a entrepris de réorganiser l’armée. Il a quitté le commandement direct des Forces spéciales en 2024.

 

Il a ensuite consolidé son statut institutionnel, avant de devenir président élu en décembre 2025 et d’être investi en janvier 2026 pour un mandat de sept ans.

 

La nouvelle Constitution a d’ailleurs consacré une forte concentration des pouvoirs autour de la présidence, le chef de l’État étant également commandant en chef des forces armées.

 

Les dures épreuves du système Mamadi Doumbouya

 

Mais le paradoxe du système Doumbouya est précisément là : plus le pouvoir se personnalise, plus la loyauté de l’armée devient une question existentielle.

 

Au début du mois d’août, alors que le président se trouvait en congé en Grèce, l’état-major avait pris soin de proclamer publiquement sa « fidélité constante » et sa « loyauté indéfectible » au chef de l’État.

 

Quelques jours après son retour, Doumbouya réunissait le Conseil supérieur de la défense et de la sécurité nationale et demandait notamment une vigilance accrue aux frontières et davantage de « confraternité d’armes » entre les différentes composantes des forces de défense et de sécurité.

 

Avec le recul, cette séquence interpelle. Pourquoi insister publiquement sur la cohésion des forces armées au moment même où une importante opération de mise à l’écart frappe les effectifs ?

 

La réponse peut être strictement militaire : discipline, restructuration, assainissement des rangs. Mais une autre lecture est possible : le pouvoir cherche à prévenir toute fissure dans l’institution qui constitue son ultime assurance-vie.

 

Le vrai danger pour Doumbouya

 

Le danger n’est pas nécessairement Michel Lamah. Un seul homme, même ancien membre des Forces spéciales, ne renverse pas un régime à lui seul.

 

Le danger serait plutôt qu’il devienne un point de cristallisation. Car les régimes militaires ne tombent pas toujours lorsqu’un homme devient puissant. Ils commencent à vaciller lorsque plusieurs frustrations individuelles se transforment en sentiment collectif.

 

Un officier radié. Puis deux. Puis dix-neuf. Puis 173. Une génération d’hommes qui estime avoir participé à l’histoire et qui découvre qu’elle peut être effacée de l’institution par décret.

 

C’est cette mécanique-là qui doit inquiéter Sékhoutouréya.

 

Le président guinéen dispose aujourd’hui d’atouts considérables : la légitimité électorale acquise en 2025, le contrôle institutionnel, une nouvelle Constitution qui renforce la fonction présidentielle, une administration réorganisée et une partie importante de l’appareil sécuritaire qui continue officiellement de lui proclamer sa loyauté.

 

Mais Doumbouya sait mieux que quiconque qu’une chose ne s’achète ni ne se décrète : la loyauté intime des hommes en armes. Il connaît la mécanique du renversement parce qu’il l’a lui-même pratiquée.

 

Le 5 septembre 2021, il n’avait pas fallu des mois pour que le système Alpha Condé s’effondre. Il avait suffi que quelques hommes armés franchissent certains périmètres stratégiques, que les chaînes de commandement se désarticulent et que le rapport de force bascule.

 

Le précédent qui hante le palais

 

C’est peut-être cela, finalement, le véritable mystère Lamah. Pas la question de savoir où se trouve l’homme aux gris-gris. Mais celle de savoir ce qu’il représente.

 

Lamah est devenu, malgré lui, le fantôme du 5 septembre. Celui qui avait participé à la capture d’un président est désormais accusé de désertion par le président qu’il avait contribué à installer. Et si son absence n’était qu’une affaire disciplinaire, elle s’éteindra rapidement.

 

Mais si elle révèle une fracture plus profonde au sein des forces armées, alors Mamadi Doumbouya pourrait être confronté au paradoxe classique des régimes nés d’un coup d’État : la menace la plus dangereuse ne vient pas toujours de l’opposition civile ; elle peut surgir de l’intérieur même du corps qui a permis la conquête du pouvoir.

 

Le général-président a voulu transformer la force militaire du 5 septembre en légitimité institutionnelle.

 

Il lui reste maintenant à démontrer qu’il peut empêcher le 5 septembre de devenir une méthode. À Conakry, les nuits seraient-elles réellement blanches ? Il faudra attendre de savoir où est Michel Lamah pour mesurer la profondeur du malaise.

 

Mais une chose est déjà certaine : l’affaire Lamah ne parle pas seulement d’un militaire disparu.

 

Elle pose une question beaucoup plus lourde sur l’avenir du pouvoir de Mamadi Doumbouya : a-t-il définitivement dompté les hommes qui l’ont porté au sommet, ou commence-t-il à découvrir que les coups d’État ont une mémoire et parfois un retour ?

 

SOURCE: Chérif Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique Maderpost

MLS pour Illuminationmedia.net

 

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