SÉNÉGAL :
QUAND LE RÉGIONALISME POLITICIEN EST MIS EN BANDOUILLÈRE PAR UN MINISTRE DES FORCES ARMÉES
SONKO A DÉFENDU LE DÉPASSEMENT DES CLIVAGES TERRITORIAUX ET COMMUNAUTAIRES AU PROFIT D’UNE CONSCIENCE NATIONALE.
UTILISER AUJOURD’HUI LA CASAMANCE POUR OPPOSER LES CASAMANÇAIS À SONKO EST DONC À LA FOIS UNE FAIBLESSE ARGUMENTATIVE ET UNE DANGEREUSE RÉGRESSION POLITIQUE.
LA CASAMANCE N’A PAS BESOIN QU’ON LUI APPRENNE À DÉTESTER SONKO, LE SÉNÉGAL N’A PAS BESOIN QU’ON L’OPPOSE À LA CASAMANCE, ET LA RÉPUBLIQUE N’A PAS BESOIN DE RÉGIONALISER LE DÉBAT POLITIQUE. UN HOMME D’ÉTAT DOIT SAVOIR DISTINGUER LA DÉFENSE DE SON TERROIR DE L’INSTRUMENTALISATION DU RÉGIONALISME. ET COMME MINISTRE DES FORCES ARMÉES, IL DEVRAIT ÊTRE LE PREMIER À PROTÉGER CETTE FRONTIÈRE.
LA CASAMANCE NE DOIT PAS DEVENIR LE THÉÂTRE D’UN RÈGLEMENT DE COMPTES ENTRE ANCIENS COMPAGNONS DE ROUTE. ON PEUT QUITTER SONKO, SOUTENIR DIOMAYE, CRITIQUER SONKO OU CONSIDÉRER QU’IL A FAIT DE MAUVAIS CHOIX. MAIS ON NE DEVRAIT JAMAIS DEMANDER À UNE RÉGION ENTIÈRE DE TIRER LES CONSÉQUENCES POLITIQUES D’UNE DÉCEPTION PERSONNELLE.
Il faut mesurer la gravité de cette déclaration à l’aune de la fonction de celui qui la prononce
Yankhoba Diémé n’est pas simplement un responsable politique casamançais. Il est aujourd’hui ministre des Forces armées de la République du Sénégal. À ce titre, ses paroles ne peuvent pas être considérées comme celles d’un militant ordinaire engagé dans une querelle politicienne.
Et c’est précisément ce qui rend son propos particulièrement préoccupant.
Car expliquer qu’un responsable politique n’aurait pas été choisi parce qu’il est Casamançais, et laisser entendre que le choix de Diomaye en 2024 constituerait, à l’inverse, une preuve de l’attachement de Sonko à la Casamance, revient à introduire dans le débat politique une grille de lecture régionaliste et dangereusement identitaire.
Soyons clairs : être fier de ses origines n’a absolument rien de répréhensible. La Casamance appartient pleinement à l’histoire, à la richesse et à l’identité du Sénégal. Mais lorsqu’un responsable politique commence à expliquer les choix nationaux à travers l’appartenance régionale, le problème change de nature.
Parce qu’un ministre des Forces armées devrait être particulièrement conscient d’une chose : la République ne peut pas être divisée en territoires affectifs, en communautés privilégiées ou en fidélités régionales.
Son rôle est précisément de contribuer à préserver l’unité nationale.
Et c’est là que cette déclaration devient potentiellement dangereuse.
Que se passe-t-il lorsque l’on commence à faire croire aux Casamançais qu’ils seraient insuffisamment aimés parce que l’un des leurs n’a pas été choisi ?
On fabrique du ressentiment.
Que se passe-t-il lorsqu’on suggère qu’un choix présidentiel doit être interprété à travers l’appartenance régionale ?
On installe une suspicion.
Et que se passe-t-il lorsqu’un membre du gouvernement reprend lui-même cette grille de lecture ?
On donne au régionalisme une forme de légitimité institutionnelle.
C’est précisément ce qu’il faut éviter dans un pays comme le Sénégal.
D’autant plus que le paradoxe est immense : celui qui tient aujourd’hui ce discours a lui-même été un allié de Sonko avant de suivre Diomaye dans leur séparation politique. Dès lors, il est difficile de ne pas voir derrière cette nouvelle lecture régionale une tentative de transformer une déception ou une divergence politique en ressentiment territorial.
Or la Casamance ne doit pas devenir le théâtre d’un règlement de comptes entre anciens compagnons de route.
On peut quitter Sonko.
On peut soutenir Diomaye.
On peut critiquer Sonko.
On peut même considérer qu’il a fait de mauvais choix.
Mais on ne devrait jamais demander à une région entière de tirer les conséquences politiques d’une déception personnelle.
La pensée politique que Sonko a défendue, avec toutes les critiques que l’on peut lui adresser, repose justement sur le dépassement des clivages territoriaux et communautaires au profit d’une conscience nationale.
Alors, utiliser aujourd’hui la Casamance comme levier pour opposer les Casamançais à Sonko constitue non seulement une faiblesse argumentative, mais une dangereuse régression politique.
Et parce que l’auteur de ces propos est ministre des Forces armées, la vigilance doit être encore plus grande.
Un ministre peut avoir ses préférences politiques. Il peut avoir ses rancœurs. Il peut avoir ses ambitions. Mais lorsqu’il parle, il doit mesurer que ses mots peuvent dépasser sa personne.
Surtout lorsqu’ils touchent à ce qui peut fracturer le sentiment d’appartenance nationale.
La Casamance n’a pas besoin qu’on lui apprenne à détester Sonko.
Le Sénégal n’a pas besoin qu’on oppose la Casamance au reste du pays.
Et la République n’a certainement pas besoin que ses propres responsables contribuent à régionaliser le débat politique.
Car il y a une frontière qu’un homme d’État devrait toujours se garder de franchir :
celle qui sépare la défense légitime de son terroir de l’instrumentalisation politique du régionalisme.
Et cette frontière, lorsqu’on occupe le ministère des Forces armées, on devrait être le premier à la protéger.
MLS pour Illuminationmedia.net









