MINEURS AU VOLANT : LA GUINÉE FACE À UNE AUTRE BOMBE À RETARDEMENT SUR SES ROUTES
Il y a des phénomènes qui commencent dans l’indifférence avant de devenir de véritables problèmes de société. La présence de mineurs au volant, notamment aux commandes de véhicules lourds et de gros porteurs, fait aujourd’hui partie de ces réalités qui interpellent.
Jusqu’où faudra-t-il aller avant de prendre au sérieux la question des mineurs au volant des gros porteurs en Guinée ?
La question mérite d’être posée sans détour, à l’heure où les accidents impliquant des camions, remorques et autres poids lourds se multiplient sur nos routes.
Le dernier épisode en date s’est produit au pont de Manéah, dans la nuit de samedi à dimanche. Une remorque aurait perdu le contrôle avant de terminer sa course sur le pont, les 18 roues se retrouvant littéralement en l’air. L’accident a causé d’importants dégâts matériels et fortement perturbé la circulation sur l’axe Coyah–Conakry.
Les circonstances exactes de l’accident et son bilan doivent encore être établis. Mais au-delà de ce cas particulier, une interrogation revient avec insistance : qui conduit nos gros porteurs, dans quelles conditions et avec quelle formation ?
Sur les routes guinéennes, la question devient préoccupante. Des usagers dénoncent régulièrement la conduite de certains jeunes très peu expérimentés, parfois au volant de camions et de remorques dont le poids et la puissance exigent pourtant une maîtrise particulière, une formation adaptée et une grande expérience de la route.
À cela s’ajoutent d’autres accusations, notamment celle de la consommation de substances telles que le tramadol avant ou pendant la conduite.
Comment garantir la sécurité des millions d’usagers lorsque des conducteurs potentiellement inexpérimentés prennent le contrôle de véhicules capables de provoquer des dégâts considérables ?
Le problème ne se limite d’ailleurs pas aux accidents. Des riverains et des usagers accusent également certains conducteurs de gros porteurs de détériorer les infrastructures routières, d’endommager certains équipements, poteaux et ouvrages, ou encore de contribuer à la dégradation prématurée de certains axes. Il ne s’agit pas seulement de parler des victimes après chaque drame. Il faut également regarder les conséquences quotidiennes : routes endommagées, poteaux électriques percutés, infrastructures détruites, embouteillages monstres, marchandises renversées et circulation paralysée pendant des heures.
À force de réparer les mêmes dégâts sans s’attaquer suffisamment aux causes, nous risquons de tourner en rond.
Il faut prévenir avant de compter les morts
La sécurité routière ne doit pas devenir une affaire de réaction après catastrophe.
Lorsqu’un camion détruit un pont, percute un poteau ou bloque une route, les dégâts matériels sont visibles. Mais lorsqu’un accident coûte une vie, aucune réparation ne peut véritablement effacer le drame d’une famille.
La Guinée ne peut donc pas banaliser cette situation. Un permis doit correspondre à une compétence. Un volant doit être confié à une personne légalement autorisée, formée et consciente de ses responsabilités. Et un gros porteur doit rester entre les mains d’un conducteur capable d’en maîtriser la puissance. Le débat n’est pas dirigé contre les jeunes. Il est justement posé pour protéger les jeunes, les chauffeurs, les passagers et l’ensemble des usagers de la route. Après les accidents, il est facile de chercher un coupable. Le véritable défi consiste à mettre en place suffisamment de contrôles pour empêcher le prochain drame.
La Guinée a besoin d’une véritable réflexion sur le transport routier des poids lourds : contrôle des permis, vérification de l’âge et des qualifications, formation professionnelle, contrôle technique, état des véhicules, temps de conduite, contrôles d’alcoolémie et de stupéfiants lorsque la loi le permet, mais aussi responsabilité des propriétaires et exploitants des camions.
Car il ne suffit pas de demander au chauffeur de répondre de tout. Il faut aussi regarder ceux qui l’emploient, ceux qui lui confient un véhicule et ceux qui sont chargés de contrôler le respect de la réglementation.
Après les débats sur la chicha et d’autres phénomènes touchant la jeunesse, faut-il désormais regarder en face cette autre réalité : la conduite de véhicules lourds par des personnes trop jeunes ou insuffisamment formées ?
Il est temps de poser le problème sans complaisance, sans stigmatiser toute une profession, mais avec suffisamment de sérieux pour éviter que nos routes ne deviennent le théâtre permanent de tragédies évitables.
Nos routes doivent transporter des marchandises, pas emporter des vies.
Parce qu’un camion n’a pas besoin d’un chauffeur simplement capable de tenir un volant. Il a besoin d’un professionnel capable d’assumer la responsabilité de plusieurs tonnes de métal… et parfois de dizaines de vies.
Illuminationmedia.net









