Cette affirmation du Président General Mamadi Doumbouya s’inscrit dans son intervention au sommet de la CEDEAO de juillet 2026. Il y défend l’idée que l’appartenance à l’armée ne devrait pas, à elle seule, être considérée comme un motif d’exclusion de la participation à la vie collective et aux institutions régionales.
1. « Les militaires sont une partie de nous »
Cette première phrase pose une idée d’appartenance à la communauté nationale et africaine.
Le message est que le militaire n’est pas présenté comme une catégorie étrangère à la société civile : il est d’abord un citoyen, issu de la même population qu’il sert. L’uniforme représente donc une fonction, mais ne supprime pas son appartenance à la communauté.
2. « Ils ont consenti le sacrifice de leur vie pour préserver notre paix commune »
Ici, le président met l’accent sur la mission de défense et de protection des forces armées.
Le terme « sacrifice » renvoie au fait que les militaires peuvent être exposés à la mort ou aux blessures dans l’exercice de leurs fonctions. L’argument est donc : ceux qui contribuent à la sécurité collective ne devraient pas être considérés comme extérieurs à la collectivité qu’ils protègent.
Il s’agit toutefois d’une présentation générale du rôle militaire : dans la réalité, les forces armées ont aussi des obligations juridiques et institutionnelles, notamment le respect des lois et des droits fondamentaux.
3. « Leur uniforme ne saurait donc constituer leur exclusion »
C’est probablement le cœur politique de l’affirmation.
Le Général Doumbouya établit une distinction entre être militaire et être exclu de la vie publique. Son raisonnement est que le statut militaire ne devrait pas, en lui-même, déterminer la légitimité ou l’illégitimité d’une personne à participer aux affaires de la communauté.
Dans son discours, cette idée est directement reliée à la CEDEAO : il rappelle la présence de dirigeants militaires parmi les responsables des États fondateurs et utilise cet élément historique pour défendre une participation qui ne serait pas déterminée uniquement par le port de l’uniforme.
Il faut cependant distinguer participation des militaires à la vie publique et prise du pouvoir par la force : ce sont deux questions différentes. La CEDEAO a historiquement condamné les changements anticonstitutionnels de gouvernement, tandis que le Président, dans ce discours, conteste notamment l’approche consistant à traiter les situations politiques de manière uniforme.
4. « Ils ne sont ni plus ni moins que les enfants du peuple »
Cette formule ramène le militaire à son identité de citoyen.
Elle signifie, dans le raisonnement du discours, que le militaire vient du peuple, appartient au peuple et est censé agir au service du peuple. L’expression cherche donc à dépasser l’opposition « civils contre militaires ».
5. Le contexte régional est essentiel
Cette déclaration n’est pas isolée. Elle intervient alors que la CEDEAO débat de sa réponse aux changements de pouvoir militaires en Afrique de l’Ouest et de ses relations avec les pays dirigés par des régimes militaires.
Le Président rattache son argument à une conception plus large : selon lui, la CEDEAO devrait privilégier l’intégration, le développement économique, le bien-être des populations et le dialogue plutôt que de faire de la sanction le principal instrument de réponse aux crises.
6. Une nuance historique importante
Dans le même discours, le Général affirme que 10 des 15 fondateurs de la CEDEAO étaient militaires. Cette donnée a toutefois été contestée : une vérification fondée sur les dirigeants en fonction lors de la signature du Traité de Lagos en 1975 conclut à 7 dirigeants militaires et 8 civils.
Cela ne change pas nécessairement le fond de son argument sur la présence historique de militaires parmi les fondateurs, mais cela montre qu’il faut distinguer le message politique de la précision historique utilisée pour l’étayer.
En résumé
L’affirmation repose sur quatre idées principales :
Militaire ‘ citoyen – serviteur de la collectivité – pas automatiquement exclu de la vie publique.
Elle cherche donc à remettre en question une opposition systématique entre « militaires » et « peuple », en présentant les forces armées comme une composante de la société. Dans le contexte de son discours à la CEDEAO, elle sert également à défendre une approche dans laquelle le statut militaire ne serait pas, à lui seul, le critère déterminant pour apprécier la participation d’un État ou de ses dirigeants à la vie communautaire.
La question distincte – et juridiquement plus complexe – est celle des conditions dans lesquelles un militaire peut participer au pouvoir politique, qui dépend des constitutions nationales, des règles électorales et des normes régionales applicables.
Illuminationmedia.net









